Le pouvoir des mots

Les mots sont indéniablement un pilier de l’expérience humaine. Dans la communication avec autrui, ils sont un outils extrêmement puissant : en quelques mots, nous avons le pouvoir de blesser quelqu’un, de le rendre joyeux, de le séduire…

Dans toutes les traditions anciennes, le Verbe est intimement lié à la Création du Monde. Il est sacré, doté d’une puissance vibratoire suceptible d’influer sur la réalité en mettant en actions certaines forces visibles ou invisibles.

Les mots sont aussi la matrice de la pensée, et forgent par là notre système de représentations du monde. Comme le Goethe : « le langage fabrique les hommes bien plus que les hommes ne fabriquent le langage »

Ci-dessous deux jolis contes illustrant le pouvoir des mots :

Le maitre zen et le pouvoir des mots

Dessin de l’artiste Frédéric Baylot

 

Un maître zen parle du pouvoir de la pensée positive et des mots. Un élève lève la main et dit: «Ce n’est pas parce que je vais dire bonheur, bonheur, bonheur! que je vais me sentir mieux, ni parce que je dis malheur, malheur, malheur! que je me sentirai moins bien: ce ne sont que des mots, Les mots sont en eux-mêmes sans pouvoir… »

Le maître répond: « Taisez-vous espèce d’idiot, vous êtes incapable de comprendre quoi que ce soit ! ». L’élève est comme paralysé, il change de couleur et s’apprête à faire une répartie cinglante: « Vous, espèce de… »

Le maître lève la main : « Je vous prie de m’excuser. Je ne voulais pas vous blesser. Je vous prie d’accepter mes excuses les plus humbles »

L’élève se calme. L’assemblée murmure, il y a des mouvements dans la salle. Le maître reprend: « Vous avez la réponse à la question que vous vous posiez : quelques mots ont déclenché chez vous une grande colère. D’autres mots vous ont calmé. Comprenez-vous mieux le pouvoir des mots ? »

 

 

Mulla Nasreddin et l’avare

Des cris, au bord de la rivière. Nasreddin, sur son âne, accourt. Un homme dans l’eau se débat. Il boit, il éructe, il s’étouffe. Des gens accroupis sur la rive, lui tendent des perches, des bras.

Ils crient: « ta main ! Donne ta main ! » Mais l’autre ne veut rien entendre . Il s’enfonce, il s’agite en vain, il risque vraiment la noyade, et l’on s’égosille en vain .

Nasreddin descend de son âne, bouscule les gens et leur dit : « Ecartez vous laissez moi faire ». II retrousse sa manche droite, il tend la main, il crie: « Prends la ». Et l’autre, d’un élan s’agrippe . On le tire hors de l’eau. Sauvé !

On s’étonne. On se dit :  « Pourquoi, par tous les saints, n’a-t-il pas accepté notre aide, alors qu’un mot de toi, Nasreddin, a suffi pour qu’il veuille bien condescendre à sortir de son bouillon froid? »

« Facile, répond le sauveteur. Cet homme je le connais bien ! Il est d’une avarice sordide ». Tu lui dis : «Donne ! » il reste sourd. Il ne sait entendre que « Prends »

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