Réintégrer notre « ombre » au contact des autres cultures

La notion d’ombre introduite par le grand psychiatre suisse C.J. Jung me semble très éclairante pour toute personne engagée dans une démarche d’évolution personnelle, et curieuse de démêler le fonctionnement – parfois labyrinthique mais toujours passionnant ! – de notre inconscient.

Et la rencontre avec d’autres cultures me semble être un puissant catalyseur nous aider dans cette confrontation avec notre ombre.

C. J. Jung définit notre ombre comme tous les aspects de notre psychisme (souvenirs, émotions, valeurs) que nous ne reconnaissons pas comme nôtres, car inacceptables au regard de l’image que nous voudrions avoir de nous-même (Moi idéal) et donner à autrui.

Le paradoxe, c’est que tant que nous maintenons ces matériaux dans l’ombre, ils nous contrôlent à notre insu, et contrôlent aussi les événements qui surgissent dans notre vie : « Si vous ne faites pas face à votre ombre, elle vous viendra sous la forme de votre destin. » dit Jung

Le plus souvent, nous projetons à notre insu notre ombre sur les personnes qui nous entourent : notre ombre est la bêtise, la cruauté, la laideur que nous pretons au monde. C’est tout ce que nous rejetons chez les autres : « En chacun de nous existe un autre être que nous ne connaissons pas. Il nous parle à travers le rêve et nous fait savoir qu’il nous voit bien différent de ce que nous croyons être. »

« Ce que tu rejettes te contrôle, ce que tu embrasses te transforme », dit Jung.

L’approche proposée par Jung est une démarche d’intégration de notre ombre. En acceptant ces aspects de nous que nous n’aimons pas, nous apaisons le conflit intérieur qui fait rage en nous. En conscientisant et en accueillant ces « défauts », nous transformons ces énergies distorsionnées, les tensions se dissolvent. Pour décrire ce processus est souvent employé le terme de « transmutation » intérieure. De manière générale, on peut dire que plus l’ombre en soi est identifiée et acceptée, plus on se sent confortable avec soi-même et avec les autres.

« Ce n’est pas en regardant la lumière qu’on devient lumineux, mais en plongeant dans son obscurité. Mais ce travail est souvent désagréable, donc impopulaire. »

Cette notion d’ombre et de lumière fait également écho à l’approche asiatique du Yin Yang, et à la nécessaire complémentarité des deux. Le penseur américain orientaliste Alan Watts illustre notre mode de vie par la métaphore du jeu « noir ou blanc » : la société nous apprend ce qui est banc et ce qui est noir (valeurs), et nous passons notre vie à essayer de la remplir de blanc et à tenir le noir à distance. La rencontre avec l’étranger nous permet de remettre en cause puis de dissoudre notre référentiel de « noir ou banc ».

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