Liberté intérieure ?

En Occident, nous considérons généralement que chacun est libre de penser ce qu’il veut, et de faire ce qu’il veut de sa vie.

Mais il est intéressant de voir que cela est, dans une certaine mesure, une illusion d’optique : avons-nous vraiment le choix des désirs, des passions, des émotions ou des pensées qui nous traversent ? A longueur de journée, tous ces matériaux psychiques surgissent en nous sans aucune action de notre volonté individuelle.

Les Anciens (en particulier les Grecs) avaient bien perçu cela, et situaient l’origine des passions de l’âme humaine dans des forces (ou des dieux) extérieures à l’homme. L’exemple le plus connu est sans doute celui de la flèche de Cupidon (Eros), à l’origine des passions amoureuses. Plus généralement, dans les tragédies Grecques, les protagonistes sont souvent le jouet des passions qui les animent, insufflées par les Dieux. A cet égard, l’étymologie du mot passion est éclairante : passio est issu du verbe patior signifiant « souffrir, éprouver, endurer » autrement dit un ensemble d’états dans lesquels un individu est « passif », par opposition aux états dont il est lui-même la cause.

En vocabulaire théologique, on se réfère plutôt à la notion de possession, en considérant que l’homme est exposé voire habité par des influences ou des entités occultes issues de mondes invisibles.

Les Amérindiens identifient également ces forces qui agissent en nous, en les désignant de facon imagée, en lien avec les esprits des animaux.

En psychologie contemporaine, nous reconnaissons moins cette passivité du sujet, car nous concevons l’individu comme un système « délimité », générant ses propres pensées et émotions.

Cela fait écho à la célèbre phase de Spinoza : « les hommes se croient libres parce qu’il sont conscients de leurs désirs mais ignorants des causes qui les déterminent ».

Cette relative « passivité » face aux affects qui nous traversent peut-être une source d’humilité.
Et loin de nous dé-responsabliser, elle est au contraire une invitation à prendre en main notre vie : « Je n’ai pas le choix des cartes que j’ai en main, mais j’ai le choix de ce que j’en fait ».

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