France : distance hiérarchique mal vécue !

Nous avons en France un rapport relativement paradoxal à l’autorité. Il me semble assez juste de parler de « distance hiérarchique mal vécue ».

Des structures hiérarchiques relativement pyramidales…

D’une part, nos structures (Etat, entreprises, etc) sont relativement pyramidales, héritage de l’empire romain, puis pouvoir très centralisé de la monarchie. Cela se reflète tant dans l’ordre social que dans le système éducatif :

  • grandes écoles, corps d’état, importance des diplômes
  • système éducatif élitiste encourageant la performance plus que l’épanouissement individuel
  • hiérarchisation des professions et statuts associés : médecins, avocat, ingénieur, pilote de ligne, etc
  • prise de décision assez centralisée

…Mais un idéal égalitaire…

Mais d’autre part, nous sommes animés de l’idéal égalitaire des Lumières et de la Révolution française, caractérisé en particulier par une refus total de la servitude : « rendre service oui, mais pas être servile »

En outre, notre esprit critique nous rend souvent impossible d’obéir aux ordres sans les questionner et les comprendre.

Enfin, un certain sens de la « noblesse » : chaque individu refuse de s’abaisser à faire tache qu’il juge « indigne » de sa condition, de son rang social.

…d’où un rapport douloureux à l’autorité

Nous éprouvons souvent de la méfiance à l’égard de nos responsables, et restons à l’affût de leurs éventuels faux pas. Et paradoxalement, nous semblons toujours attendre un leader providentiel. Comme le résume superbement Philarète Chasles au 19ème siècle, parlant d’un paysan scandinave observant la France : « il ne comprend rien à deux habitudes qui pèsent sur nous, la fureur de vouloir être gouvernés, jointe à celle de mordre la main qui gouverne. »

Et dans les autres pays ?

  • Les pays scandinaves et anglo-saxons ont des structures bien plus horizontales. Le manager a souvent un rôle de coordinateur plutôt que de décideur
  • Dans les pays à forte distance hiérarchique (Asie, Monde arabe, pays latins), l’autorité est souvent acceptée plus naturellement, et le chef -dans la mesure où il est bienveillant – est respecté. Par exemple en Chine, toute l’équipe s’emploie à contribuer et justifier la légitimité du chef (alors qu’en France, un manager est facilement remis en question par ses équipes)
  • Dans la plupart des pays, les ordres ne sont pas discutés. Le chef demande, l’employé exécute

Deux pistes pour assainir notre rapport à l’autorité :

  • travail « intérieur » sur notre acceptation de l’autorité et le sens du service
  • faire évoluer nos structures hiérarchiques : se rapprocher du modèle anglo-saxon de hiérarchie horizontale ; c’est dans ce sens qu’évoluent beaucoup de petits structures (entreprise libérées, holacratie)., dont une des clés est la responsabilisation individuelle. Et la dynamique de fonctionnement participatif.
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