Pays scandinaves : la logique du consensus

Cet article est basé sur les précieux travaux du sociologue français Philippe d’Iribarne, dans ses ouvrages de référence « La logique de l’honneur » et « Cultures et mondialisation »

Les cultures scandinaves sont caractérisées par une logique du consensus. Cette dimension s’exprime non seulement dans le style de management, mais également dans la vie citoyenne, et plus généralement dans les interactions interpersonnelles. Il me semble que nous avons beaucoup à apprendre de cette approche !

La discussion se fait, autant que possible, dans une dynamique d’échange, sans agressivité. Il ne s’agit pas tant de défendre son point de vue que de l’exposer, de le partager. En comparaison, les français sont souvent perçus comme des machines de guerre pour défendre leur point de vue. L’expression d’une opposition franche est toutefois possible (contrairement aux cultures asiatiques), mais uniquement si elle est dénuée de violence verbale et émotionnelle.

Les décisions sont prises en commun : écouter, parler, consulter, expliquer son point de vue, laisser aux équipes le temps de s’approprier la décision. Chacun essaie de mettre de l’eau dans son vin pour trouver un accord collectif : il est mal perçu de s’accrocher à son point de vue au point de se mettre en conflit avec le groupe (comme nous pouvons le faire en France). Une fois la décision prise, la solution est mise en œuvre exactement selon le plan défini. Il n’y a pas de place (comme en France) pour que l’exécutant y mette sa touche personnelle ou y inclue une de ses idées. C’est l’accord collectif qui vaut.

Ce fonctionnement est aussi l’expression du fort sentiment de responsabilité individuelle qui caractérise ces cultures. La voix de chaque individu est prise en compte sans distinction.

En terme de management, le résultat est évidemment une très faible distance hiérarchique et un vrai effort de cohésion collective.

En terme politique et citoyen, on constate de manière générale un esprit civique, un sens de la solidarité et la collectivité bien développés.

Voilà pour le coté pile. Et comme toute médaille a aussi son revers, il faut admettre que cette culture du consensus a aussi certaines limites :

  • tendance à taire certains sujets pour éviter les conflits
  • frein à la volonté de changement : car tout changement doit être revalidé collectivement, ce qui peut prendre du temps ou entraîner des difficultés

L’explication historique de ce fonctionnement avancée pour les Pays Bas par d’Iribarne me semble très intéressante: ce mode de fonctionnement trouve son origine dans la bourgeoisie entreprenariale et multiculturelle néerlandaise du XVIè siècle, et dans le processus de compromis et de négociation qui a permis la formation des Pays bas. Il est caractérisé par une grande tolérance, en particulier en matière de religion : coexistence du Protestantisme et du Catholicisme, à l’époque où les guerres de religions faisaient rage en France (Saint Barthélémy, etc)

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