Nous vivons dans un monde de dualité. Aussi les différentes dimensions de l’existence se déclinent-elles souvent selon des polarités opposées : féminin masculin, individu et groupe, vie privé et vie professionnelle, raison et intuition, formel et informel, écoute et expression, intériorisation et extériorisation, authenticité personnelle et adaptation au groupe, Bien et Mal, violence et douceur, etc.

Ces polarités opposées sont aussi complémentaires, et il me semble que l’art de l’lnterculturel, c’est de réconcilier les apparentes divergences, de trouver une articulation qui permette de faire coïncider des approches apparemment différentes.

Cet effort de synthèse  et d’unification demande une bonne dose d’humilité et une capacité à s’ajuster pour retrouver derrière chaque situation un point d’équilibre juste, et se rappeler ce qui nous unit au delà de ce qui nous divise !

Cette posture « équilibrante » et inclusive fait en particulier écho à de nombreuses sagesses traditionnelles.

Je profite de cet article pour inclure ci-dessous le magnifique poème de If de Rudyard Kipling qui en est me semble t-il une bonne illustration. Et également deux version en musique : Ì Muvrini et Grand Corps Malade : ici (version bilingue Fr/Corse) et Bernard Lavilliers : ici

 

 

SI… (TU SERAS UN HOMME, MON FILS)

Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir ;

Si tu peux être amant sans être fou d’amour,
Si tu peux être fort sans cesser d’être tendre,
Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre ;

Si tu peux supporter d’entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles
Sans mentir toi-même d’un mot ;

Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois,
Et si tu peux aimer tous tes amis en frère,
Sans qu’aucun d’eux soit tout pour toi ;

Si tu sais méditer, observer et connaitre,
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur,
Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maitre,
Penser sans n’être qu’un penseur ;

Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais imprudent,
Si tu sais être bon, si tu sais être sage,
Sans être moral ni pédant ;

Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d’un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,

Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis,
Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire
Tu seras un homme, mon fils.

IF

If you can keep your head when all about you
Are losing theirs and blaming it on you,
If you can trust yourself when all men doubt you.
But make allowance for their doubting too;
If you can wait and not be tired by waiting.
Or being lied about, don’t deal in lies,
Or being hated, don’t give way to hating,
And yet don’t look too good, nor talk too wise:

If you can dream —and not make dreams your master
If you can think —and not make thoughts your aim
If you can meet Triumph and Disaster
And treat those two impostors just the same;
If you can bear to hear the truth you’ve spoken
Twisted by knaves to make a trap for fools.
Or watch the things you gave your life to broken,
And stoop and build’em up with worn-out tools:

If you can make one heap of all your winnings
And risk it on one turn of pitch-and-toss,
And lose, and start again at your beginnings
And never breathe a word about your loss;
If you can force your heart and nerve and sinew
To serve your turn long after they are gone,
And so hold on when there is nothing in you
Except the Will which says to them: “Hold on!”

If you can talk with crowds and keep your virtue,
Or walk with Kings —nor lose the common touch,
If neither foes nor loving friends can hurt you,
If all men count with you, but none too much;
If you can fill the unforgiving minute,
With sixty seconds’ worth of distance run.
Yours is the Earth and everything that’s in it,
And —which is more— you’ll be a Man, my son!